Peste des Petits Ruminants en Europe (point au 06/01/2026)
Résumé : Un premier foyer de Peste des Petits Ruminants (PPR) avait été détecté le 08/07/2024 en Grèce. Le virus s’est répandu sur tout le territoire, jusqu’au 29/10/2024. En parallèle, de nombreux foyers ont été détectés en Roumanie entre les 15/07/2024 et 01/09/2024 (Note du 04/11/2024). Après deux mois sans aucune détection en Europe, un foyer est détecté en Bulgarie en novembre 2024 et puis trois foyers en Hongrie en janvier 2025. Après une seconde période sans aucune détection, un unique foyer a été détecté en Roumanie le 03/03/2025. Après une troisième période sans aucune détection, une reprise est observée en Albanie en juin 2025, puis Kosovo en juillet 2025 et Croatie en décembre 2025.
Cette note reprend le suivi de situation de la PPR sur l’année 2025 (reprise du BHVSI du 06/01/2026).
Pour le comité de rédaction : Julien Cauchard, Céline Dupuy, Guillaume Gerbier, Sandra Karl, Sophie Molia, Jennifer Pradel, Carlène Trévennec.
Pour le LR-UE : Arnaud Bataille (Cirad)
Auteur correspondant : plateforme-esa@anses.fr
Fiche rédigée en collaboration avec le Laboratoire de référence (OMSA et LRUE)[1]
Information sur la peste des petits ruminants
La Peste des petits ruminants (PPR) est une maladie causée par un virus de type morbillivirus, apparenté à celui de la peste bovine. Il affecte les caprins, les ovins et des animaux sauvages de la même famille que les petits ruminants domestiques, ainsi que les camélidés. La PPR a été identifiée pour la première fois en Côte d’Ivoire en 1942. Quatre lignées génétiques ont été identifiées, la lignée IV étant la plus répandue en Afrique, Moyen-Orient et Asie.
Elle se caractérise par des taux de morbidité et de mortalité élevés et engendre de graves conséquences économiques dans des régions telles que l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie où les petits ruminants constituent un moyen de subsistance pour la population.
Les animaux affectés présentent de fortes fièvres et un abattement sévère, des sécrétions au niveau des yeux et du nez. L’animal est dans l’incapacité de manger en raison de lésions buccales douloureuses. Les animaux souffrent de pneumonie et de diarrhée aiguës. L’issue de la maladie est fréquemment la mort de l’animal (source : OMSA).La transmission se fait par inhalation de gouttelettes émises lors de la toux et éternuements d’animaux infectés. La contamination a donc principalement lieu par contact direct entre les animaux. La transmission via le milieu extérieur contaminé est faible compte tenu de la durée de survie limitée du virus. Cette maladie n’est pas transmissible à l’Homme (source : FAO).
La PPR est normalement absente de l’Union Européenne. Elle est catégorisée « A+D+E » au sens du règlement européen 2016/429 (règlement d’exécution UE 2018/1882), ce qui implique l’éradication immédiate, l’obligation de déclaration des foyers et la restriction des mouvements intra-communautaires (plus d’information sur la définition des catégories de maladies via ce lien).
Les détails sur l’émergence de la PPR en Europe (Grèce et Roumanie) sont disponibles dans la note Premier foyer de peste des petits ruminants en Grèce. Le détail de l’historique par pays jusqu’au 01/07/2025 est disponible dans la Note du 07/07/2025.
Figure 1. Périodes et nombres de détections de foyers de PPR par pays depuis le 08/07/2024 (date de détection du premier foyer dans les Balkans - en Grèce) (source : Commission européenne ADIS le 05/01/2026). NB : chaque trait continu représente une période, avec un mois sans foyer séparant deux périodes.
Par ordre alphabétique des pays
Albanie
Les deux premiers foyers ont été détectés les 03 et 04/06/2025 distants de 80 km l’un de l’autre. Plusieurs détections ont suivi sur le mois de juin. Certains foyers sont liés par un pâturage en commun. A ce stade, les services vétérinaires n’ont pas communiqué sur les hypothèses d’introduction.
Au total, le pays a déclaré quatorze foyers, répartis dans tout le pays.
Au total, plus de 1 millions de têtes issus de 8 355 exploitations ont été dépistées, ce qui a permis de détecter 12 foyers primaires (indépendants et non connectés entre eux) et 6 foyers secondaires. La population sensible recensée dans ces 18 exploitations était de 2 165 têtes, avec un taux de mortalité variant de 0 à 33 %.
La détection simultanée de plusieurs foyers répartis dans tout le pays suggère une introduction sur tout le territoire, via les importations d’agneaux (source : autorités albanaises GT-TADs le 22-25/09/2025).
Pas de nouvelle déclaration, depuis le dernier foyer détecté le 03/07/2025 (source : Commission européenne ADIS le 06/01/2026).
Croatie
Un premier foyer a été détecté le 11/12/2025, suite à un épisode d’avortements observés dans un élevage de 26 ovins, situé à Prgomet, sur le littoral sud du pays (source : Commission européenne ADIS le 15/12/2025). L’hypothèse d’une introduction par des activités illégales est considérée comme possible par les autorités (source : Com. Press ministère de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche le 14/12/2025). Un second foyer a été détecté le 17/12/2025, puis un troisième foyer le 20/12/2025, à Gračac, marquant une diffusion vers le nord du Pays (voir figure 2) (source : Commission européenne ADIS le 05/01/2026).
Hongrie
Le premier foyer de PPR a été détecté le 23/01/2025 dans un élevage d’engraissement ovin, de 1 810 têtes. Au total, trois foyers de PPR ont été déclarés officiellement. Pas de nouvelle déclaration depuis le dernier foyer détecté le 30/01/2025 (source : Commission européenne ADIS le 05/01/2026).
Kosovo
Le premier foyer a été détecté le 01/07/2025, le long de la frontière avec l’Albanie. Après plus de deux mois sans détection, un nouveau foyer a été détecté le 24/09/2025 dans un élevage de caprins. Ce second foyer est situé à quelques kilomètres du premier, à proximité de la frontière avec l’Albanie. L’hypothèse d’une introduction par mouvement d’animaux a été retenue.
L’enquête épidémiologique du premier foyer a mis en évidence l’achat d’un lot d’ovins et caprins en provenance d’Albanie, peu avant le début des symptômes. Les 48 fermes dans la zone de surveillance ont été testées négatives (948 animaux testés) (source : autorités Kosovo GF-TADs le 22-25/09/2025). Pas de nouvelle déclaration depuis le dernier foyer détecté le 24/09/2025 (source : Commission européenne ADIS le 05/01/2026).
Roumanie
Un foyer seul foyer a été déclaré en 2025. Il était survenu dans l’ouest du pays (comté de Bihor, Cefa) à la frontière avec la Hongrie, après six mois sans aucune détection. Entre les 19/06 et 12/09/2025, neufs animaux, issus de trois élevages (trois dans chaque élevage) partageant les mêmes pâturages dans le judet de Braila (équivalent d’un départment français situé à l’est de la Roumanie) ont été confirmés positifs par PCR ou par ELISA (sur un total de 906 animaux testés issus de 34 fermes). Cependant, les animaux positifs n’ont pas été retrouvés. Aucune notification dans ADIS n’a été faite (sources : The National Sanitary Veterinary and Food Safety Authority of Romania, CPVADAAA[2] le 17/09/2025, Commission européenne ADIS le 05/01/2026).
Analyses génomiques |
Le laboratoire de référence européen (LRUE) de la PPR (UMR Astre Cirad Inrae) a publié les résultats d’analyses de séquences de virus de PPR collectés au début des épizooties en Roumanie, Grèce et Bulgarie (premiers foyers notifiés) en 2024. Les analyses confirment que les foyers de PPR dans ces trois pays ont une origine commune, probablement d’Afrique du Nord et non de Turquie, comme précédemment évoqué dans les premières hypothèses. Ces souches ont une grande proximité génétique avec les souches collectées en Géorgie en 2016, elles-mêmes probablement introduites d’Afrique du Nord (hypothèse d’après les analyses partielles de séquences sur le gène N). Les résultats suggèrent également une évolution rapide du virus. Le LRUE souligne le manque de séquences récentes issues des foyers des zones enzootiques, en particulier de Turquie et Afrique du Nord, afin de pouvoir confirmer plus précisément l’origine des souches qui ont émergé en Europe en 2024 et leur dynamique d’extension entre les pays (Guendouz et al., 2025). Les analyses de souches collectées en Hongrie et en Albanie où le virus a émergé en 2025 suggèrent que le virus a persisté dans la zone des Balkans malgré l’absence de notification officielle pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois (source : EURL -GFTAD meeting août 2025). Ceci s’est confirmé avec la notification d’un nouveau foyer au Kosovo détecté le 24/09/2025. Les analyses génomiques présentées récemment par le LRUE confirment l’origine commune du virus dans tous les pays infectés, introduit depuis l’Afrique du Nord (voie d’introduction non identifiée). La Roumanie aurait été le premier pays infecté (97-99% probable). La présence de clusters multiples en Roumanie et Grèce suggère plusieurs échanges et introductions entre ces deux pays. Les séquences isolées en Hongrie et Albanie sont proches de celles isolées en Roumanie en 2024. Une analyse plus précise et complète est en cours (sources : LRUE, GF-TADs le 22-25/09/2025). |
Expression clinique et transmission |
Une grande variété de symptômes est décrite, pouvant différer selon l’espèce (ovins vs caprins), la race ou l’état général des animaux. Les signes cliniques observés ne sont pas spécifiques (perte d’appétit, amaigrissement, apathie, sécrétions nasales ou oculaires, mortalité soudaine, diarrhées, lésions dans la cavité buccale). A l’échelle du troupeau, les taux de morbidité et de mortalité peuvent être faibles et les animaux se rétablissent. Les infections subcliniques sont possibles. Certains animaux infectés ne montrent pas de signes cliniques mais peuvent transmettre la maladie. La surveillance, basée sur la détection de cas cliniques, doit être adaptée pour prendre en compte ce risque. En particulier, intégrer l’investigation épidémiologique dans la démarche diagnostique. Le diagnostic différentiel inclut les maladies mieux connues des vétérinaires locaux, telle que la fièvre catarrhale ovine, les infections secondaires (pasteurellose), ou les effets de la chaleur (baisse d’appétit). La maladie se transmet principalement de manière directe. Cependant, les enquêtes épidémiologiques conduites en Grèce et en Roumanie suggèrent des transmissions indirectes. Les moyens possibles sont les camions qui passent d’élevage en élevage pour livrer du foin ou collecter le lait, ou des personnes qui visitent plusieurs élevages (sources : LRUE, GF-TADs le 22-25/09/2025).
Le LRUE PPR alerte sur l’importance de communiquer et alerter les services vétérinaires et professionnels de l’élevage dans les pays encore indemnes. |
Figure 2. Foyers de PPR en Europe (épizootiques) et Turquie (enzootiques) depuis le 01/01/2025 et sur les quatre dernières semaines (incidence mensuelle) précédant le 04/01/2026 (source : Commission européenne ADIS le 05/01/2026)
Tableau 1. Nombre de foyers de PPR détectés par pays en Europe depuis le 01/01/2025 (source : Commission européenne ADIS le 05/01/2026). NB : en 2024, des foyers avaient été détectés en Grèce et Bulgarie.
Pays | Date de détection du premier évènement | Date de détection du dernier évènement | Ovins/Caprins |
Albanie | 03/06/25 | 03/07/25 | 14 |
Croatie | 11/12/25 | 20/12/25 | 3 |
Hongrie | 23/01/25 | 30/01/25 | 3 |
Kosovo | 01/07/25 | 24/09/25 | 2 |
Roumanie | 03/03/25 | 03/03/25 | 1 |
Total Europe | 23/01/25 | 20/12/25 | 23 |
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