Epidémiosurveillance en santé animale

IAHP en France : une situation alarmante !

Pour le Laboratoire National de Référence (Anses Ploufragan) : Axelle Scoizec, Eric Niqueux, Béatrice Grasland, Audrey Schmitz, François-Xavier Briand, Sophie Le Bouquin-Leneveu.
Auteur correspondant : plateforme-esa@anses.fr

Un niveau record de détections d’IAHP H5N1 et de mortalités associées a été observé sur les oiseaux sauvages présents en importantes colonies sur leurs sites de nidification (principalement Laridés et fous de Bassan, avec majoritairement des virus de génotype FR9 sur les Laridés et FR1 sur les fous de Bassan) le long des côtes Manche-Atlantique depuis la mi-mai et tout au long de cet été. L’ampleur de ces événements, accompagnés notamment au mois de juillet de deux détections en élevage et basse-cour en Normandie en lien avec les détections sur les Laridés, suggère une endémisation de la maladie dans le compartiment sauvage sur le territoire national. Au-delà de ce premier constat, les nouvelles détections en élevage et faune captive ainsi que dans l’avifaune sauvage depuis août indiquent d’ores et déjà une très probable importante contamination des voies de migration des oiseaux sauvages sur le territoire national.

Sur la voie de migration Manche-Atlantique :

Depuis mi-août 2022, au moins une introduction d’un virus IAHP H5N1 dans la Somme a été mise en évidence chez deux détenteurs de canards appelants (possédant également d’autres oiseaux de basse-cours) en lien épidémiologique entre eux. Un autre foyer a été détecté ultérieurement dans un élevage de la Somme, situé dans une commune voisine d’un des cas précédents. Mi-septembre deux nouvelles détections en lien épidémiologique entre elles (transfert d’appelants) ont eu lieu en Seine Maritime dans une même commune. L’une, basée sur une suspicion clinique (mortalité de Gallus) concernait une basse-cour, l’autre concernait des appelants asymptomatiques.  
Sur la même période, au moins cinq introductions primaires ont déjà eu lieu en Bretagne (sur l’axe vallée de la Rance / Vannes) en lien avec un virus IAHP de génotype FR2 différent de ceux circulant sur l’avifaune sauvage le long des côtes. Les premières analyses disponibles sont en faveur d’un virus nouvellement introduit sur le territoire national. Ces détections ont concerné des basses-cours et des élevages avec des facteurs de risque d’exposition aux oiseaux d’eau et de risque de réception (espèces plus réceptives aux virus IA, plein air, proximité de quelques dizaines de mètres avec des plans d’eau fréquentés par des canards sauvages, etc.).
Trois détections ont eu lieu mi-septembre en élevage en Pays de la Loire : en ZRP (zone à risque particulier) sur un élevage multi-espèces plein air et un élevage de canards prêts à engraisser en tunnels, et hors ZRP dans un élevage de dindes de chair. A cela s’ajoutent 5 cas détectés en avifaune sauvage plus loin des côtes depuis fin août sur cygnes tuberculés, grèbe huppé, grande aigrette et aigrette garzette.
Deux cas sur des bernaches du Canada ont aussi été détectés dans des parcs publics dans et à proximité de Bordeaux, début et mi-août.

Sur la voie de migration Meuse-Rhin-Rhône

En bord de Meuse, non loin du lac de Madine où de fortes mortalités liées à l’IAHP avaient été observées la saison de migration précédente, un élevage de pondeuses plein air a été détecté infecté début septembre.
Dans les Dombes, secteur d’exposition très forte aux oiseaux d’eau sauvages et notamment migrateurs, au moins une introduction primaire en élevage de canards a été détectée dès fin août. Il s’agit d’un nouveau génotype de virus IAHP, le génotype FR11, signalant là aussi une très probable nouvelle introduction de virus en France. La surveillance renforcée de l’avifaune sauvage suite à cette première détection en élevage, a permis de détecter 5 cas en avifaune sauvage : hérons cendrés, oies cendrées et cygne tuberculé.

Dans le Centre de la France :

En Indre-et-Loire, un élevage de colverts a été détecté infecté mi-septembre lors d’un autocontrôle. Cet élevage présente une forte exposition aux VIA des oiseaux d’eau, de nombreux groupes d’animaux ayant accès à des plans d’eau potentiellement attractifs pour l’avifaune sauvage migratrice à risque d’IAHP.

La possibilité que la présence de l’infection dans certaines populations sauvages n’entraine pas de surmortalité notable est fortement suspectée, en particulier dans les populations de canards sauvages. Cela peut contribuer à sous évaluer l’étendue des zones où des virus IAHP sont présents au sein des populations d’oiseaux sauvages.

Les risques d’introduction primaire (de l’avifaune sauvage vers le compartiment élevage) ainsi que les risques de diffusions secondaires (d’élevage à élevage) vont augmenter fortement dans les semaines à venir du fait de l’amplification des migrations d’oiseaux sauvages et de conditions climatiques qui vont devenir plus favorables à la « survie » de virus infectieux d’IAHP dans l’environnement (baisse des températures, baisse de l’ensoleillement et des rayonnements UV, augmentation de l’humidité etc.). Une mobilisation générale est donc indispensable pour faire face à ces risques majeurs : renforcement de la surveillance événementielle et respect strict des mesures de biosécurité dans tous les maillons (de l’amont à l’aval) des filières de production avicole mais également pour le monde de la chasse.

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